Distribution, abondance et état de santé du noyer cendré

Noyer cendré

Mise en contexte

Plusieurs espèces d’arbres de nos forêts sont en déclin à cause de maladies fongiques introduites à partir d’autres continents. C’est le cas de la maladie hollandaise de l’orme et de la brûlure du châtaignier. Le noyer cendré, seul noyer indigène au Québec, est lui aussi attaqué depuis quelques décennies par un champignon exotique très virulent, le chancre du noyer. Ce pathogène est aujourd’hui présent dans l’ensemble de l’aire de distribution du noyer cendré. À cause de la rapidité avec laquelle le champignon se propage et de la mortalité élevée qu’il cause, le noyer cendré a reçu, en 2003, le statut d’espèce en voie de disparition au Canada.

 

Malgré ce statut, l’habitat du noyer cendré, ainsi que la localisation et l’état de santé des individus et des peuplements sont mal connus. En 2009, nous avons entrepris une étude dans les forêts privées de la grande région des Cantons-de-l’Est de façon à identifier les principaux facteurs écologiques influençant l’abondance et à la croissance du noyer cendré, mais également la fréquence de son infection par le chancre.

 

Sites à l’étude

Au total, 60 propriétaires forestiers possédant des noyers ont été contactés et 35 d’entre eux ont été sélectionnés pour l’étude. Un total de 90 parcelles forestières (400 m2 / parcelle) ont été échantillonnées, dont 35 contenaient du noyer cendré.

 

Faits saillants

Dans chaque parcelle, le type de communauté forestière a été identifié et les variables environnementales mesurées. Dans les parcelles contenant du noyer, son abondance, sa croissance et son état de santé ont été évalués (circonférence du tronc affectée et pourcentage de mort en cime). Au total, 163 noyers ont fait l’objet d’une évaluation détaillée de leur état de santé. Les principaux résultats sont les suivants :

 

  • noyer cendré chancreLe noyer est présent dans deux types de milieux forestiers, soit les plaines de débordement de rivières et les forêts feuillues sur des sols bien drainés (site mésique) et relativement riches.
  • C’est dans les plaines de débordement, des milieux au sol riche, que le noyer cendré est plus abondant.
  • En 2009, le pourcentage de noyers les plus sévèrement affectés par le chancre était plus élevé dans les plaines de débordement que dans les sites forestiers mésiques (30 % des individus contre 11 %). L’abondance de mort en cime montrait un patron similaire entre les deux types d’habitats.
  • Parmi les 163 noyers localisés en 2009, 8 étaient apparemment sains, 89 étaient faiblement atteints et 66 étaient fortement atteints par le chancre. Au total, 95 % des noyers avaient des symptômes apparents de la maladie.
  • En 2012, une réévaluation de l’état de santé de ces mêmes noyers montrait un aggravement du dépérissement peu importe le milieu. En 2009, seulement 6 % des noyers étaient associés à la classe de mort en cime la plus élevée (75-100 %), alors qu’en 2012, plus de 27 % des noyers étaient retrouvés dans cette classe.

 

D’après ces résultats, d’éventuelles plantations d’enrichissement ou de réintroduction auraient avantage à être réalisées dans les milieux mésiques à sols riches en calcium. Dans ces milieux, la croissance du noyer est comparable à la croissance en plaine de débordement, mais la maladie y est moins présente. Les hauts taux d’infection et de mortalité observés, ainsi que l’aggravement du dépérissement observé de 2009 à 2012, suggèrent toutefois qu’on aurait avantage à trouver rapidement des individus résistants. Ceux-ci pourraient être utilisés en pépinière pour produire des plants résistants au chancre.

 

Une autre stratégie pourrait être de croiser le noyer cendré avec des noyers asiatiques résistants au chancre; une stratégie qui s’est avérée efficace pour sauver le châtaignier d’Amérique de l’extinction. Le suivi à long terme des peuplements de noyers étudiés permettra, notamment d’évaluer si les individus apparemment sains vont le demeurer au fil des années.

 

Documentation    

Un mémoire de maîtrise et un article de transfert ont été publiés en lien avec ce projet :

–       Tanguay, C., D. Gagnon, et B. Truax. 2011. Le noyer cendré, arbre patrimonial menacé de disparition. Progrès Forestier (Hiver 2011):14-17. www.afsq.org/progres_forestier/archives/essences/2011Hiver.pdf

–       Tanguay, C. 2011. Distribution, abondance et état de santé du noyer cendré (Juglans cinerea) en relation avec les gradients écologiques dans les Cantons-de-l’Est. Mémoire de M.Sc. Université du Québec à Montréal, Montréal (QC), Canada. Mémoire de maîtrise en Biologie, Université du Québec à Montréal, Montréal (QC), Canada. www.archipel.uqam.ca/4359/

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